Tout ce qui n'est pas dit est répété ....  et c'est l'absence de mots sur les maux que transmettent nos ancêtres

Nous continuons la chaîne des générations et payons les dettes du passé ; tant qu’on n’a pas « effacé l’ardoise », une « loyauté invisible » nous pousse à répéter, que nous le voulions ou non, que nous le sachions ou non, la situation agréable ou l’événement traumatique, ou la mort injuste, voire tragique, ou son écho. 

 

Anne Ancelin Schützenberger dans « Aïe, mes aïeux » P 14

Nous n’héritons pas uniquement d’un patrimoine économique par la transmission des biens matériels. L’héritage est aussi culturel, moral, sociologique, et psychologique. Nous héritons de toutes ces choses invisibles, de la simple habitude alimentaire jusqu’à des codes de fonctionnement familiaux parfois toxiques parce qu’il nous empêche de nous réaliser dans nos aspirations profondes (choix du métier, de notre conjoint(e), etc.).

La psychogénéalogie prend en compte la transmission entre générations des blessures psychiques, des règles familiales parfois traumatiques, et des secrets qui gangrènent les familles.

 

L'HÉRITAGE, C'EST NOUS

Nous pensons avoir un héritage mais en réalité nous sommes l'héritage de nos ancêtres et ce dès les premiers instant de notre existence.

Nous sommes ce que nos parents et plus largement notre famille « veulent » que nous soyons, consciemment et surtout inconsciemment. 

Nous sommes finalement bien moins libre que ce nous aimons croire. 

Une fois adulte, devenu autonome financièrement, après avoir construit une vie amoureuse, professionnelle, familiale et sociale nous pensons être libre de nos choix personnels et dans la total réalisation de soi en parfaite autonomie.  

Pourtant, nous héritons de nos ancêtres, la couleur et la forme de nos yeux, le sourire, la forme de notre visage,  le caractère, des goûts, des prédispositions, etc. mais aussi de l’anxiété, une propension au stress ou à la déprime, certains comportements, des maladies, des règles familiales, des obligations qui nous enferment dans des choix qui ne sont pas les nôtres.

Toutes ces « transmissions » souvent invisibles et implicites viennent nous façonner dès notre conception et probablement même avant, quand nous ne sommes qu’un projet dans l’inconscient de nos deux parents. Elles nous permettent de nous inscrire dans une lignée, dans l'histoire familiale à laquelle nous appartenons. Nous sommes alors un maillon d’une chaîne. Nous ne sommes pas seuls. Elle nous connecte au groupe. Mais ces transmissions nous éloignent aussi de notre être profond, de notre individualité. Pour nous adapter, nous insérer dans notre famille, y être vu et accepté, nous nous construisons une personnalité conforme aux règles familiales mais parfois éloignée de notre identité profonde. 

Cette transmission nous obligent parfois à vivre avec des blessures qui ne sont pas les nôtres mais nous encombrent tout autant.

QUE NOUS TRANSMETTENT NOS AIEUX ?

Ce qui est transmis, c’est l’inachevé 

 

Les événements douloureux vécus par nos ancêtres

 

Fausse couche, enfants morts en bas-âge ou à la naissance, orphelins de père et/ou mère,décès en couche, mariage forcé ou arrangé, viol, inceste, maltraitance, pédophilie, adultère, enfants hors mariage, homosexualité (n’oublions pas que jusqu’en 1992 l’homosexualité était considéré comme une maladie psychiatrique), faillite, spoliation d’héritage, conflit suite à un héritage, maladies mentales, épidémie, guerre, génocide,  accident etc. 

 

il est rare que l’histoire d’une famille ne comporte aucun de ces évènements

Nos ancêtres ont tous vécu des évènements, plus ou moins traumatiques et les émotions associées étaient très rarement exprimées. A l’époque, il n’y avait pas de prise en charge des souffrances psychologiques dont on réfutait même parfois jusqu’à l’existence. On parlait peu ou pas parce qu’on avait pas le choix, pour ne pas réveiller les souffrances, par honte, par peur, par culpabilité. Montrer ses émotions et ses ressentis étaient souvent soit impossible soit déplacé. Il y avait le poids de la morale et de la religion. 

 

 

Certains évènements douloureux pouvaient être le résultat d’obligation familiales auxquelles il était difficile voire impossible de se soustraire. 

D’autres  tombaient sous le joug de la loi du silence familial (infidélité, vol, prison, ruine, enfant naturel, etc..) et devenaient des secrets de famille.

Ces événements douloureux sont tus mais ce n’est pas parce qu’ils sont tus qu’ils disparaissent. Ils restent dans l’ombre et agissent de manière inconsciente comme si il cherchait une fuite pour pouvoir s’exprimer et être enfin entendus. Si cela ne se fait pas du vivant de la personne, cela sera  « transmis » aux générations suivantes sous forme de répétitions (syndrome anniversaire).

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Les obligations familiales

 

Tout individu est une entité physique et psychologique qui s’inscrit dans un système familial. 

Comme tout système, le système familial cherche en permanence l’équilibre par la contribution de chaque membre. ​

Les contributions que chaque membre apportera au système sont définies par des règles. Certaines sont explicites comme les lois, les coutumes, les certaines habitudes familiales etc. mais la plupart sont implicites et sont le résultat d’un code culturel et surtout d’un code familial qui se transmettent de génération en génération. 

 

Exemple de règles familiales. 

 

1/le premier garçon reprend la ferme ou l’entreprise, le 2eme va à l’armée, le suivant dans les ordres religieux 

2/ Les garçons font des études et les filles un bon mariage.

3/ Les  filles à travers les mariages arrangés (encore en cours en France dans la premeière moitié du XXe siecle) elles servent à éviter le morcellement des biens familiaux. 

 

Ces contributions peuvent parfois générer des injustices et des blessures profondes : préférence pour l’ainé, préférence pour les garçons,  mariage forcé ou arrangé, obligation d'épouser le veuf de sa sœur décédée, interdiction du choix du métier, obligation inconsciente d’être l’enfant de remplacement d'un enfant décédé, etc.

Ces blessures créent des ressentiments, des colères, des traumatismes et  des conflits et les victimes de ces injustices ont généralement du mal à pardonner et à passer outre. ​

Ex : une jeune femme doit elle et peut-elle épouser l’homme qu’elle aime ou renoncer à son amour et épouser son beau-frère veuf depuis le décès en couche de sa sœur et père de 2 enfants en bas âge ?

Les secrets

 

Certains évènements peuvent parfois être mis au secret et devenir alors des secrets de famille

Généralement, le secret fait suite à un traumatisme (par. Ex un viol ou un inceste) ou il en génère un car l’évènement ne peut être exprimé (mariage forcé, suicide, enfant naturel etc.)

Les secrets sont constitués de mots tus, d’émotions qui ne peuvent être exprimées et élaborées et d’actes de contrition impossible à accomplir. Ils finissent par « envahir » inconsciemment les personnes concernés à travers des comportements, des lapsus, des réactions émotionnelles qui influenceront l’entourage et en particulier leurs enfants. Ceux-ci sentent bien qu’il y a quelque chose sans pour autant pouvoir mettre des mots dessus. 

C’est par exemple la mère qui discute avec son fils. Soudain, elle semble se mettre en retrait, être absente et s’éloigner de lui. Celui-ci ne comprend pas pourquoi cette soudaine distance. En fait, en discutant, il a utilisé la même expression et la même mimique que son frère ainé qui s’est mise à la violer au même âge que son fils. 

 

 

Les traumatismes mal élaborés par une génération sont donc à l’origine de comportements étranges, inexpliqués et inexplicables auxquels leurs enfants assistent et parfois en sont même les victimes. A leur tour, leur construction se fera avec cet inexpliqué, induisant des comportements adaptatifs entre le « secret » qu’ils perçoivent et qu’ils souhaitent percer, et l’interdit de dévoiler qu’ils perçoivent quelque chose. 

Ce qui est transmis, c’est donc  l’absence de parole sur un évènement et les comportements que la mise au secret ont générés.

Les secrets  gardés dans une famille le sont généralement avec l’intention de ne pas perturber le système familial. Par exemple, une IVG sera cachée par honte et peur du jugement. Les règles familiales se mettent alors en place pour éviter que le secret soit abordé et divulgué et ne vienne déséquilibrer la  famille (par. Ex. l’inceste est caché et sa révélation viendrait déstabiliser la famille).

 

Mettre en place un secret ce n’est pas seulement décider qu’un savoir est interdit de transmission c’est aussi mettre en place des règles destinées à obliger les autres à respecter ses interdits.
Ses règles bien qu’elle cherchent à maintenir le système à l’équilibre finissent par le perturber en entraînant des contraintes de plus en plus nombreuses de telle façon que le système devient de plus en plus rigide.


Par exemple dans une famille où le suicide du grand-père est gardé secret, la règle tacite impose que l’on pose pas de questions sur le grand-père et plus généralement les grands-parents.

 

POURQUOI NOUS ACCEPTONS CET HERITAGE

Au lieu de se demander, pourquoi nos aïeux nous transmettent quelque chose, la question de l'acceptation de cet héritage me  semble plus juste et surtout plus optimiste.

Car si le problème se trouve désormais dans le fait que nous acceptons, alors la solution nous appartient et nous pouvons agir pour ne plus accepter. 

Ce qui nous pousse à accepter cette transmission s’explique par les loyautés familiales invisibles. Nous sommes fidèles au groupe auquel nous appartenons. C’est un instinct grégaire, une  question de survie. L’enfant que nous avons été, n’a pas eu d’autres solutions pour renforcer son appartenance que d’accepter les codes conscients et inconscients de sa famille. Et ne nous y trompons pas, faire l’inverse par réaction revient à perpétuer le cycle. 

« faire l’inverse, c’est faire pareil car nous  ne sommes pas libre du choix »

Cette loyauté familiale nous pousse alors à  répéter les événements importants. On parle de syndrome anniversaire. 

 

Le Syndrome d’anniversaire identifie la répétitions d’évènements heureux ou malheureux à la même date, ou la même période, ou au même âge et dans la même configuration. 

 

Des études montrent que si le deuil d’un être cher n’est pas fait, la date anniversaire de sa naissance ou de son décès peut alors se retrouver dans la date de naissance ou de conception d’un enfant. Celui-ci "remplace" alors le défunt dans l’arbre. Si en plus, les parents lui donne le même prénom pour rendre hommage au défunt, l’enfant démarre sa vie avec une injonction forte de remplacement. 

 

Ainsi, lorsque des parents font face à la perte précoce d’un enfant, il n’est pas rare de trouver dans la fratrie un enfant qui vient « remplacer » l’enfant décédé et pour lequel les parents n’ont pas fait le deuil.

 

LES OUVRAGES DE RÉFÉRENCE

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L'écorce et le noyau Abraham Nicolas et Török Maria

Ancelin Schützenberger

Aïe mes Aïeux 

Psychogénéalogie. Guérir les blessures familiales et se retrouver soi. 

Ces enfants malades de leurs parents

 

Serge Tisseron

Tintin et le secret d'Hergé 

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Tintin chez le psychanaliste

Honte, affiliation et Généalogie 

 

Paola del Castillo

Grand livre de la psychogénéalogie 

Symbolique des prénoms en psychogénéalogie

 

Se libérer du destin familial : Devenir soi-même grâce à la psychogénéalogie  

de Elisabeth Horowitz et Pascale Reynaud 

Le syndrome du gisant Salomon Sellam 

Didier Dumas

L'ange et  le fantôme. Introduction à la clinique de l'impensé généalogique

La Bible et ses fantômes

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