Choc traumatique et traumatisme du développement :
Quelles différences ?

Les symptômes d'un traumatisme simple également appelé "choc traumatique" ou "SSPT", et d'un traumatisme complexe sont en apparence souvent similaires : addiction, trouble du sommeil, dépression, dérégulation émotionnelle, trouble de l'humeur, dissociation, etc.).Cela conduit fréquemment à leur confusion et à l'idée erronée que les mêmes approches thérapeutiques peuvent être appliquées. En réalité, les symptômes cachent des mécanismes sous-jacents très différents nécessitant des outils et des approches distincts. Aborder l'accompagnement d'un traumatisme complexe avec les outils adaptés aux traumatismes simples ne sera pas suffisant voire inadapté.
Qu'est ce qu'un choc traumatique ?
Un traumatisme simple ou choc traumatique résulte d’une expérience de danger unique, menaçant l’intégrité physique . Cet évènement est d’apparition brutale, imprévisible et circonscrit dans le temps (avec un debut et une fin identifiables.La victime en a généralement le souvenir
tel que les catastrophes naturelles, un cambriolage, un accident, un licenciement, une hospitalisation, un incident (panne ascenseur, panne de train,...), enfermement (confinement), séquestration, agression, viol, la perte d'un être cher, ou encore le chômage.
En raison de sa soudaineté et de son caractère circonscrit dans le temps, le traumatisme simple est aussi appelé choc traumatique.

Lorsqu'un tel événement se produit, le corps réagit par une réponse neurobiologique de survie, visant à échapper au danger et à mettre fin à la situation menaçante.
Le traumatisme simple, ou choc traumatique, déclenche une réaction de survie du corps. D’abord, le système nerveux active une réponse de combat ou fuite, avec une forte mobilisation d’énergie (activation de la branche orthosympathique : accélération du cœur, libération d’adrénaline et de cortisol). Lorsque la réponse de combat ou fuite a pu être mise en place avec succès et que le danger est écarté, l'énergie mobilisée dans l'organisme peut alors se dissiper naturellement sans laisser de traces psychosomatiques.On peut l'observer par exemple, par l'expression d'une colère, des tremblements du corps ...
En revanche, si la fuite ou le combat sont impossibles ou inefficaces, le corps passe à une réaction de figement . L’énergie mobilisée pour fuir ou combattre est alors bloquée par l’activation du système parasympathique et reste prisonnière dans l’organisme.Si cet état de figement perdure, l’énergie bloquée dans le système nerveux autonome ne peut être libérée : le traumatisme s’installe alors, avec ses symptômes.


Ainsi, dans le cas d’un choc traumatique, le mécanisme sous-jacent repose sur des réponses à un évènement extérieur, de combat-fuite-figement non résolues où l’énergie vitale mise au service de la survie reste bloquée dans le corps entrainant une dérégulation du système nerveux autonome.
Le but d’une thérapie sera alors d’aider la personne à sortir de l’état de figement et à achever la réponse de combat - fuite.
Les thérapies comme La Somatic Experiencing®, l'EMDR®, la Thérapie sensorimotrice® qui ont pour objet de renégocier l’évènement afin de libérer les émotions et l’énergie bloquée dans le système nerveux autonome sont particulièrement adaptées.
Qu'est-ce qu'un traumatisme du développement?
Le traumatisme du développement, aussi appelé traumatisme complexe, désigne un type particulier de traumatisme :
Il s'agit d'événements traumatiques survenus pendant l'enfance, souvent répétés, parfois chroniques, et s'étalant sur une période prolongée. Il n'y a pas véritablement de début et de fin.

Ces expériences se déroulent le plus souvent dans un cadre familial ou interpersonnel. Plus ces événements sont précoces, plus leurs impacts sur le développement physiologique, psychologique et relationnel de l’enfant, et donc de l’adulte qu’il deviendra, est profond.
Le traumatisme du développement englobe à la fois des expériences traumatiques intenses (c’est-à-dire des chocs traumatiques), mais aussi des expériences de vie marquées par l'absence de réponses adaptées aux besoins fondamentaux de l’enfant : besoin se sentir accueilli et aimé, besoin de syntonie et d’accordage, besoin de développer son autonomie, de pouvoir poser ses limites sans crainte et être dans l'expression de son authenticité, besoin d’évoluer avec confiance dans une relation de dépendance sécurisante et bienveillante.
Lorsque ces besoin sont accueillis et soutenus l'enfant développe des capacité lui permettrait e devenir un adulte, libre, autonome, confiant, de construire une relation sécurisée aux autres et à lui-même.
Au contraire, lorsque ses besoins ne sont pas vus, compris et validés, l'enfant se retrouve face à un "choix" entre l'expression de sa colère et le maintient du lien d'attachement. L'enfant ne peut pas grandir sans amour. C'est une question de survie. Il en vient à toujours prioriser le lien d'attachement en renonçant à ses besoins. Pour y parvenir, l'enfant va devoir s'adapter et mettre en place un mécanisme lui permettant de refouler ces besoin. Le mécanisme central de ce renoncement repose sur la dévalorisation de soi, la honte toxique et un sentiment de haine de soi.
Il est donc essentiel que les approches thérapeutiques utilisées prennent en compte ces dynamiques internes, en particulier le rejet de soi, la honte et la haine de soi, comme les conséquences d’un processus adaptatif.
Contrairement au choc traumatique qui menace la survie physique, le traumatisme développemental attaque l’identité, le sens de soi, la capacité à faire confiance, à aimer, à réguler ses émotions. Il s’insinue lentement, de façon insidieuse, au point de se confondre avec l’identité de la personne qui croit « qu’elle est comme cela ».
En réalité, il s'agit de mécanismes de survie intégrés au fil du temps.
Comme ses besoins ne sont pas satisfaits, l'enfant en vient à penser que ce sont ces besoins qui posent problème et non le fait que l'environnement n'y réponde pas. Puis, de problématiques, les besoins deviennent illégitimes. Ensuite, c'est lui qui pose problème d'avoir des besoins illégitimes. La haine de soi s'installe avec la honte.
Le but d’une thérapie du traumatisme developpemetal comme la thérapie NARM® devra alors prendre en compte ses mécanismes sous-jacents.
Comment accompagner ?
Pour les chocs traumatiques (SSPT classique) ?
L’objectif est de restaurer la sécurité physiologique en aidant le système nerveux autonome à sortir de l’état d’alerte. Les approches les plus efficaces sont :
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Somatic Experiencing,
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EMDR (Désensibilisation et Retraitement par les Mouvements Oculaires),
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Thérapie sensorimotrice,
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EFT,
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Approches psychocorporelles
Ces méthodes travaillent directement avec le corps pour désactiver la réponse de stress figée, libérer l'énergie bloquée dans le système nerveux autonome et permettent de réduire considérablement les symptômes.
Pour les traumatismes développementaux (SSPT complexe)
Les symptômes comme la honte, la haine de soi ou les troubles relationnels ne peuvent pas être simplement régulés physiologiquement. Ce type de traumatisme nécessite une approche plus globale, plus lente et plus relationnelle.Ici, la relation thérapeutique elle-même devient un terrain de réparation. Le thérapeute incarne un lien sécure, stable et bienveillant, souvent pour la première fois dans l’histoire du patient. Parmi les approches recommandées :
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Thérapie NARM
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ICV,
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Thérapie basée sur la mentalisation (TBM),
Et plus généralement, toute approche psychodynamique avec Intégration progressive du corps (mais pas toujours en première intention).
En synthèse
Que l'on parle d’un traumatisme simple ou d’un traumatisme du développement, les symptômes observés sont souvent liés à une dérégulation du système nerveux autonome (SNA). Cette similitude amène souvent à les confondre, et à supposer que les thérapies efficaces pour les chocs traumatiques, comme la Somatic Experiencing ou l’EMDR, sont également adaptées aux traumatismes du développement.
Pourtant, la cause de la dérégulation du SNA diffère selon le type de traumatisme.
Dans le cas d’un choc traumatique, il s’agit d’une réponse de type combat-fuite qui n’a pas pu se déployer jusqu’à son terme. L’énergie mobilisée pour cette réaction reste alors bloquée dans le corps, maintenant la personne dans un état de survie.
En revanche, dans un traumatisme du développement, les événements affectent la construction psychique de l’enfant, touchant profondément le développement de son identité. L’enfant en vient à refouler des parties authentiques de lui-même, à développer une honte toxique et un sentiment de haine de soi.
Il est donc essentiel que les approches thérapeutiques utilisées prennent en compte ces dynamiques internes – en particulier le rejet de soi, la honte et la haine de soi – comme les conséquences d’un processus adaptatif.
En conclusion
Faire la distinction entre choc traumatique et traumatisme du développement n’est pas une question de sémantique. C’est une condition essentielle pour proposer une prise en charge thérapeutique adaptée. Si un choc traumatique est une blessure vive, le traumatisme développemental est une érosion lente de la sécurité intérieure, un modèle relationnel défaillant qui façonne l’identité. Parce que leurs mécanismes sont différents, leurs accompagnements doivent l’être également.