Chocs traumatiques vs traumatismes du développement
- sylviefraenkel
- 30 sept. 2025
- 4 min de lecture

Comprendre les différences pour mieux les traiter
Pendant longtemps, les troubles psychiques ont été abordés à travers leurs symptômes visibles: anxiété, dépression, addictions, troubles du sommeil, comportements agressifs, etc.
L’approche thérapeutique consistait à traiter chaque symptôme de manière isolée, comme s’il s’agissait d’entités indépendantes. Cette vision fragmentée conduisait à une prise en charge partielle, sans réelle compréhension de l’origine profonde de la souffrance. Faute de diagnostic global, les interventions restaient souvent limitées à l’atténuation des effets, sans jamais s’attaquer à la cause centrale.
Ce n’est qu’à partir des années 1980, avec la reconnaissance du Syndrome de Stress Post-Traumatique (SSPT), que la notion de traumatisme psychique a commencé à être véritablement prise en compte dans le champ clinique.
Le SSPT : une reconnaissance du traumatisme psychique

Le Syndrome de Stress Post Traumatique SSPT (ou PTSD Post Traumatic Stress Disorder) a été un tournant majeur. Pour la première fois, un diagnostic ne se contentait pas de lister des symptômes : il reconnaissait l’origine traumatique de la souffrance psychique.
Selon la CIM-11 (Classification Internationale des Maladies), le SSPT se manifeste par trois symptômes principaux :
Hypervigilance et réactivité accrue (réaction de sursaut, sentiment de menace constant).
Reviviscences intrusives de l’événement traumatique (flashbacks, cauchemars, souvenirs accompagnés de peur ou d’horreur).
Évitement des pensées, situations, personnes ou lieux associés au trauma.
Ces manifestations traduisent une altération physiologique du système nerveux, qui reste bloqué dans un mode de survie, comme si la menace persistait.
Ce cadre clinique est particulièrement adapté aux chocs traumatiques, c’est-à-dire aux événements uniques, soudains et bouleversants, comme un accident, une catastrophe naturelle, une hospitalisation, un drame familial, une agression ou un attentat. Dans ces cas, il y a un avant et un après clairement identifiables.
Quand le traumatisme devient complexe
Cependant, de nombreuses personnes souffrent sans pouvoir identifier un événement traumatique précis. Elles présentent des troubles émotionnels profonds, une estime de soi altérée, des difficultés relationnelles… mais sans choc initial identifiable. Ces formes de traumatismes sont désormais regroupées sous le terme de SSPT complexe, officiellement reconnu dans la CIM-11 depuis 2022.
Le SSPT complexe reprend les symptômes du SSPT classique, mais y ajoute :
Une dérégulation émotionnelle chronique (colères incontrôlables, anesthésie émotionnelle…).
Une altération persistante de l’image de soi (culpabilité, honte, haine de soi).
Des difficultés relationnelles majeures (isolement, méfiance, dépendance affective…).
Ces éléments ne relèvent plus seulement d’un dérèglement physiologique : ils témoignent d’une désorganisation psychobiologique plus profonde, souvent liée à l’histoire du développement de la personne.
Le traumatisme du développement : un traumatisme profond

Le traumatisme du développement, aussi appelé traumatisme complexe, désigne un type particulier de traumatisme :
Il s'agit d'événements traumatiques survenus pendant l'enfance, souvent répétés, parfois chroniques, et s'étalant sur une période prolongée
Ces expériences se déroulent le plus souvent dans le cadre familial ou interpersonnel da. Plus ces événements sont précoces, plus leurs impacts sur le développement physiologique, psychologique et relationnel de l’enfant — et donc de l’adulte qu’il deviendra — est profond.
Le traumatisme développemental englobe à la fois des expériences traumatiques intenses (c’est-à-dire des chocs traumatiques), mais aussi des expériences de vie marquées par l'absence de réponses adaptées aux besoins fondamentaux de l’enfant :
besoin se sentir accueilli et aimé, besoin de syntonie et d’accordage, besoin de développer son autonomie, besoin de pouvoir poser ses limites sans craintes, besoin de pouvoir être dans l'expression de son authenticité et besoin d’évoluer dans une relation de dépendance sécurisante et bienveillante.
Ses besoins n’étant pas vus, compris et validés, l’enfant en vient alors à les refouler. Et pour cela à développer une honte toxique et un sentiment de haine de soi.
Contrairement au choc traumatique qui menace la survie physique, le traumatisme développemental attaque l’identité, le sens de soi, la capacité à faire confiance, à aimer, à réguler ses émotions. Il s’insinue lentement, de façon insidieuse, au point de se confondre avec l’identité de la personne qui croit « qu’elle est comme cela ».
En réalité, il s'agit de mécanismes de survie intégrés au fil du temps.
Comment accompagner ?
Pourquoi les approches thérapeutiques doivent être différenciées
Pour les chocs traumatiques (SSPT classique) ?
L’objectif est de restaurer la sécurité physiologique en aidant le système nerveux à sortir de l’état d’alerte. Les approches les plus efficaces sont :
EMDR (Désensibilisation et Retraitement par les Mouvements Oculaires),
Somatic Experiencing,
Thérapie sensorimotrice,
Neurofeedback,
Ces méthodes travaillent directement avec le corps pour désactiver la réponse de stress figée, et permettent de réduire considérablement les symptômes.
Pour les traumatismes développementaux (SSPT complexe)
Les symptômes comme la honte, la haine de soi ou les troubles relationnels ne peuvent pas être simplement régulés physiologiquement. Ce type de traumatisme nécessite une approche plus globale, plus lente et plus relationnelle.
Ici, la relation thérapeutique elle-même devient un terrain de réparation. Le thérapeute incarne un lien sécure, stable et bienveillant, souvent pour la première fois dans l’histoire du patient.
Parmi les approches recommandées :
Thérapie NARM
ICV,
Thérapie basée sur la mentalisation (TBM)
Et plus généralement, toute approche psychodynamique avec Intégration progressive du corps (mais pas toujours en première intention).
En conclusion :
Distinguer pour une réponse adaptée
Faire la distinction entre choc traumatique et traumatisme du développement n’est pas une question de sémantique. C’est une condition essentielle pour proposer une prise en charge thérapeutique adaptée.
Si un choc traumatique est une blessure vive, le traumatisme développemental est une érosion lente de la sécurité intérieure, un modèle relationnel défaillant qui façonne l’identité.
Et parce que leurs mécanismes sont différents, leurs accompagnements doivent l’être également.



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