Comprendre le traumatisme à travers la théorie polyvagale
- sylviefraenkel
- il y a 5 jours
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Dernière mise à jour : il y a 4 jours

Quand notre système nerveux prend le relais
Face à un événement perçu comme menaçant, notre organisme réagit instantanément pour assurer notre survie. Cette réponse n'est ni un choix ni une décision consciente : elle est orchestrée automatiquement par notre système nerveux autonome (SNA), dont la mission première est de nous protéger.
Le neurophysiologiste Stephen Porges, qui a développé la théorie polyvagale, a montré que notre système nerveux est constamment à l'écoute de notre environnement à la recherche d'indices de sécurité, de danger ou de menace vitale. Il a nommé ce processus inconscient la neuroception.
À chaque instant, notre système nerveux se pose la même question :
« Suis-je en sécurité ? »
Selon la réponse apportée par cette évaluation automatique, différentes stratégies biologiques de survie vont se mettre en place.
La sécurité : notre état naturel
Le système nerveux n'est pas conçu pour être en permanence sur le qui-vive. Son état de fonctionnement optimal est celui de la sécurité, du calme et de la connexion.
Dans la théorie polyvagale, cet état correspond à l'activation du système vagal ventral, une branche du système parasympathique impliquée dans l'engagement social.
Lorsque nous nous sentons en sécurité :
notre respiration est fluide ;
notre rythme cardiaque est régulé ;
nous pouvons réfléchir clairement ;
nous nous sentons connectés à nous-mêmes et aux autres ;
nous sommes capables de curiosité, d'apprentissage et de créativité.
C'est depuis cet état que nous pouvons vivre pleinement nos expériences et construire des relations satisfaisantes.
Face au danger : la réponse attaque-fuite
Lorsqu'un danger est détecté, le système nerveux quitte temporairement cet état de sécurité pour mobiliser l'énergie nécessaire à notre protection.
La branche sympathique du système nerveux autonome s'active alors, et le corps se prépare à l'action :
le rythme cardiaque s'accélère ;
la respiration devient plus rapide ;
les muscles se tendent ;
l'adrénaline et le cortisol sont libérés ;
l'attention se focalise sur la menace.
Cette mobilisation physiologique permet deux stratégies fondamentales de survie : l'attaque ou la fuite.

L'attaque
Lorsque nous percevons que nous avons les ressources nécessaires pour faire face à la menace, nous pouvons entrer dans une réponse de combat.
La fuite
Si l'évitement semble plus efficace, l'organisme mobilise l'énergie nécessaire pour s'éloigner du danger.
Ces réactions sont parfaitement adaptées lorsqu'elles permettent effectivement de rétablir la sécurité. Lorsque le danger disparaît, l'énergie mobilisée se décharge naturellement et le système nerveux retrouve progressivement son équilibre.
Quand ni l'attaque ni la fuite ne sont possibles : le figement

Il arrive cependant que la personne ne puisse ni combattre ni fuir.
Cela peut être le cas lors d'un accident, d'une agression, d'une catastrophe, mais également dans certaines situations relationnelles où l'on se sent piégé, impuissant ou sans issue.
Lorsque les stratégies d'action échouent ou semblent impossibles, le système nerveux active une réponse plus ancienne encore : le figement.
Dans la théorie polyvagale, cet état correspond à l'activation du système vagal dorsal, la partie la plus archaïque du système parasympathique.
L'organisme entre alors dans un mode de protection extrême :
ralentissement des fonctions physiologiques ;
immobilisation ;
sensation d'engourdissement ;
déconnexion émotionnelle ;
dissociation ;
impression d'être absent ou détaché de soi-même.
Cette réaction est parfois appelée « mort feinte » car elle représente une ultime stratégie de survie lorsque toute autre option semble impossible.
Comment naît le traumatisme ?
Le traumatisme ne provient pas uniquement de l'événement lui-même.
Il apparaît lorsque les réponses naturelles de survie ne peuvent pas aller à leur terme.
Lors d'un danger, une importante quantité d'énergie est mobilisée dans l'organisme pour permettre l'action. Lorsque cette énergie ne peut être utilisée ou déchargée, elle reste bloquée dans le système nerveux.
La personne peut alors demeurer, parfois longtemps après la fin de l'événement, dans des états de mobilisation ou de figement.
Le danger est passé, mais le système nerveux continue à fonctionner comme s'il était toujours présent.
C'est à partir de là que peuvent apparaître différents symptômes :
hypervigilance ;
anxiété ;
crises d'angoisse ;
irritabilité ;
troubles du sommeil ;
tensions corporelles chroniques ;
dissociation ;
fatigue persistante ;
sentiment de vide ;
difficultés relationnelles ;
sensation de ne plus être pleinement vivant.
Le traumatisme peut ainsi être compris comme une perturbation durable de la capacité du système nerveux à retrouver spontanément un état de sécurité.
L'échelle du système nerveux
La théorie polyvagale décrit ces différents états comme une sorte d'échelle.
En haut de l'échelle : sécurité et connexion
Nous nous sentons présents, engagés, capables de réfléchir, de ressentir et d'entrer en relation.
Au milieu de l'échelle : mobilisation
L'énergie est orientée vers l'action. Nous pouvons ressentir de l'anxiété, de la colère ou un besoin urgent de faire quelque chose pour nous protéger.
En bas de l'échelle : figement et effondrement
Lorsque le danger semble insurmontable, le système nerveux réduit son activité et nous pouvons ressentir de l'impuissance, du découragement, de la déconnexion ou un profond épuisement.
Ces états ne sont pas des pathologies. Ils représentent des adaptations biologiques destinées à préserver notre survie.
Retrouver un sentiment de sécurité
La bonne nouvelle est que le système nerveux possède également une capacité naturelle de régulation et de guérison.
Les approches thérapeutiques orientées trauma, comme le Somatic Experiencing®, la thérapie NARM ou d'autres approches neurobiologiques, visent à aider la personne à :
reconnaître ses états physiologiques ;
développer sa capacité d'auto-régulation ;
restaurer un sentiment de sécurité intérieure ;
libérer progressivement l'énergie de survie restée bloquée ;
retrouver davantage de présence à soi et aux autres.
La guérison ne consiste pas à effacer ce qui s'est passé, mais à permettre au système nerveux de comprendre que le danger appartient désormais au passé.
En conclusion
La théorie polyvagale nous offre une compréhension précieuse du traumatisme. Elle montre que nos réactions face au danger ne sont pas des faiblesses ou des dysfonctionnements, mais des stratégies biologiques de survie profondément inscrites dans notre organisme.
Comprendre ces mécanismes permet de porter un regard différent sur les symptômes traumatiques : ils ne sont pas le signe d'un échec personnel, mais l'expression d'un système nerveux qui a tenté de nous protéger du mieux qu'il pouvait.
Lorsque nous apprenons à écouter ces réponses de survie et à accompagner notre système nerveux vers davantage de sécurité, il devient possible de retrouver progressivement l'élan vital, la connexion et le sentiment d'être pleinement vivant.



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